Qu’on soit Beuillois de naissance ou qu’on soit Beuillois de cœur, nous sommes tous des enfants de Beuil…

Qu’on soit Beuillois de naissance ou qu’on soit Beuillois de cœur, nous sommes tous des enfants de Beuil…

C’est aujourd’hui à vous, amoureux de notre village, que je souhaite m’adresser.

Depuis 20 ans que je vis dans cette commune, depuis 10 ans que j’y suis élu et depuis 4 ans que j’en suis son Maire, je vous ai toujours accompagné dans vos moments heureux : vos mariages, vos naissances, vos baptêmes… j’ai toujours été présent pour apaiser vos peines dans vos jours les plus sombres, lorsque vos êtres les plus chers ferment leurs yeux pour la dernière fois.

Lors de ce dernier adieu, je vous avouerai qu’une question me vient à l’esprit en permanence : quel est le Beuil que ces ainés ont vécu, ce Beuil que je n’ai pas connu et que nos enfants ne connaîtront plus mais aussi que nous ont-ils transmis, que laissent-ils de leur passage, ici, sur cette terre de Beuil.

Un lien existe, il est là, bien présent, invisible, incassable, c’est notre histoire, cette histoire qui remonte à la nuit des temps, à cette tribu « Vélaunes » qui a fondé notre communauté qui s’est enrichie au fil des siècles par les évènements traversés.

C’est ce lien qui leur a été laissé en héritage par leurs ainés, qu’ils se sont, à leur tour, employés à nous transmettre, à vous transmettre.

Et au commencement, il y a la route, cette route sinueuse, belle, étroite qui, grâce au Sénateur Joseph Garnier , enfant de Beuil, Directeur de l’école de commerce de Nice , prend forme dès la fin du XIXème siècle et va devenir en moins de 150 ans ce trait d’union entre Montagnes et Mer, creusé dans le lit du Cians, rivière sauvage qui s’écoule du Parc National du Mercantour, l’un de nos plus beaux atouts, vers la Méditerranée en empruntant ces gorges rouges , ce rouge au couleur des pélites qui les composent. Route aujourd’hui entretenue et sécurisée comme nos routes communales par le Département des Alpes Maritimes.

C’est au détour d’un virage en arrivant que l’on aperçoit le village, notre village, sur son piton rocheux dominé en arrière plan par le Mont Mounier.

Majestueux, dominateur, point culminant de Beuil que le chevalier Victor Spitalieri de Cessole a gravi en 1892 et que tous, nous avons gravi à divers moments de notre vie, seul, entre amis, en famille, un peu comme un rite initiatique.

C’est du haut de ce sommet que le chevalier Victor de Cessole conquit, séduit, imagine toutes les possibilités qu’offre ce territoire dans le domaine de la neige.

Beuil, station de montagne, 1èrestation de sports d’hiver des Alpes Maritimes est née.

Nous sommes le 28 mars 1910 et le premier concours de ski y est organisé par le ski club des Alpes Maritimes.

En 1924, nos grands-parents créent le club des sports d’hiver de Beuil.

Le 9 mars 1930 on inaugure le tremplin de la Condamine et le 21 février 1937 celui des Launes, bâtit par l’architecte André Jacob, père de Simone Veil.

1938 c’est à Beuil qu’ont lieu les épreuves nordiques des 28èmechampionnat de France de ski et notre tremplin connait ses heures de gloire en 1996 ; année ou aura lieu une dernière épreuve : un championnat d’Europe.

Ce tremplin existe toujours aujourd’hui sur ce plateau des Launes, magnifique lieu pour l’activité nordique et sur lequel devrait voir le jour une retenue collinaire que nous attendons tous et qui est nécessaire, dossier porté par le Syndicat Mixte auquel nous adhérons depuis 2005.

Le Mont Mounier rime aussi avec Bischoffsheim qui, après avoir créé l’observatoire de Nice, y installe en 1893 celui de Beuil.

Mais il est déjà l’heure de redescendre et de se rendre au village par le col de Moulinès en empruntant le chemin du Cougne, en traversant le Scrouis, en passant par le rond point du Pissaïre avec son petit musée du souvenir inauguré l’an dernier qui porte le doux nom de « Et si Beuil m’était conté » et son office de tourisme classé aux multiples services, porte d’entrée de notre village.

Qu’elle est belle la rue principale avec ses grands hôtels passés et présents : le Cians, l’Escapade, la Belle étoile, le Milou…mais aussi ses commerces : boucherie épicerie, boulangerie, tabac, souvenirs, restaurants… son école, sa poste, sa mairie….

A l’époque de nos grands-parents, de vos grands-parents, des enfants en culottes courtes il y en a beaucoup : une quarantaine en classe mais le temps libre ce n’est ni devant la télévision, ni devant les tablettes ou autres consoles qu’ils l’occupent mais par divers petits travaux : ramasser le bois, ramasser le foin, ramasser les pierres qui heurtent la charrue, conduire les vaches au pré et les garder, aider aux tâches manuelles, enlever la neige. Ces travaux sont difficiles mais de plein air ; ils sculptent les corps, endurcissent les esprits, rendent plus forts et plus humbles.

Mais c’est déjà le 9 septembre et c’est l’heure de la foire aux bestiaux sur la colline du pré de foires. Moment de fête, de ventes, de rencontres. Foire aux bestiaux qui se perpétue au fil du temps, qui rassemble les générations, qui n’a rien perdu de son charme. Cette année encore, elle nous enchantera avec son défilé de vieilles machines toutes plus belles les unes que les autres, avec ses animaux, ses démonstrations, avec son concours fromager, sa dégustation et beaucoup d’autres surprises mais le pré de foire devient trop petit et c’est à la Condamine qu’elle s’installera.

Septembre c’est aussi l’heure de la rentrée à l’école publique communale ; ils sont tous là les petits Gildas, Lucien, Yves, Bernard, Guy, Vincent, Hervé, en culottes courtes mais aussi les Anaïs, les Marie, les Denise, les Sylviane… On se chahute, on joue à des jeux simples d’enfants, marelle, billes… et on apprend :

2×2 = 4
6×7 = 42
9×9 = 81

J’ai, tu as, elle a…
Bijoux, cailloux, choux, genoux, hiboux, joujoux, poux
Mais, ou, et, donc, or, ni car

On découvre le Rhône, la Loire, les Alpes, les Pyrénées, le Massif Central, le Jura, le Massif Armoricain.

On parle de liberté, d’égalité et de fraternité.

On apprend la Marseillaise ; on a des cours d’instruction civique.

C’est l’école de la République, école aujourd’hui rénovée grâce à la communauté de communes Alpes d’Azur pour environ 260 000,00 euros financé à 80% par le Département.

Ecole avec une garderie et une cantine et toujours des enfants, une trentaine cette année et des Maîtres.

Mais les enfants grandissent et c’est l’heure du service militaire, bientôt peut être service civique.

Et à Beuil l’endroit est tout trouvé : c’est la caserne Cord’homme, caserne édifiée en 1932. On y croise des régiments d’infanterie alpine, des bataillons de chasseurs alpins ; des éclaireurs skieurs et quelques beuillois.

Aujourd’hui le 21èmeRima de Fréjus y accueille des militaires en stage, mais aussi les stages de la Cabat, la cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre commandée par le gouverneur de Paris, le Général Bruno le Ray que nous avons reçu en septembre dernier.

Dans cette caserne des rencontres se font, des couples se créent c’est le cycle de la vie.

Mais la vie se noircit en ce mois de juin 1940 ou la France est battue, humiliée ; nos ainés, qui ont déjà connu la contrainte sous le règne des Grimaldi, Comtes de Beuil, ne s’en laissent pas compter et au péril de leur vie, ils cachent des familles de confession israélite. Un grand nombre, un très grand nombre.

L’un de ces enfants célèbres, le lieutenant colonel Marcel Pourchier, qui sera le créateur et le premier commandant de l’EMHM à Chamonix, résiste lui aussi, devient membre de l’ORA, est déporté et meurt le 1erseptembre 1944 au camp de concentration de Struthof sans savoir que le 14 juillet de la même année, ses camarades de classe et de combat ont commémoré ici même, place Sénateur Joseph Garnier, la fête nationale : c’est l’heure de la République de Beuil qui sonne.

Le territoire est vaste, aussi grand que la ville de Nice, mais c’est sur le plateau St Jean qu’on lieu de nombreux parachutages d’armement pour les FFI comme celui du 12 août 1944, plateau qui avait permis en 1902 au capitaine Ferdinand Ferber d’effectuer son premier vol sur son planeur V mais c’est une autre histoire qui nous a été transmise par les anciens.

Quelques enfants de Beuil sont tombés pour défendre notre liberté et leurs noms sont gravés à jamais en noir sur la roche grise de notre monument aux morts. Ne les oublions jamais et faisons en sorte, grâce à une Europe unie et forte, que les combats qu’ils ont menés pour notre liberté n’aient pas été vains. Qu’ils sont importants nos porte-drapeaux, nos anciens combattants et nos jours de commémorations afin que la transmission de ces moments douloureux se fasse génération après génération, pour que la rouille ne se dépose jamais sur les grilles qui délimite et protège ces pierres de la mémoire, cet espace de respect.

Certains de nos ainés trouvent l’apaisement, après la disparition brutale d’un être cher, dans le recueillement et chez nous ce recueillement se fait dans nos lieux des prières et ces lieux sont nombreux : oratoire de Liberture, chapelle St Jean, chapelle St Pierre, chapelle Ste Anne, église St Jean Baptiste et Notre dame du Rosaire, chapelle St Giniès mais aussi chapelle des Pénitents Blancs, monument inscrit au titre des monuments historiques depuis décembre 1984 dont l’étude de réhabilitation sera lancée prochainement grâce à la dotation parlementaire du sénateur Jean Pierre Leleux et en mémoire de Jean Périssol, sans oublier l’ancienne chapelle San Bastian. Ces lieux de prière on en trouve presque dans chaque quartier : les Launes, les Bergians, les Serres, le Cougne, le Scrouis, le Charrier, le Touron, St Pierre, la Moutte, le Clot, la Condamine et bien d’autres encore. Certains de ces quartiers ont l’éclairage public, d’autres non, éclairage public que nous venons de rénover par le remplacement des lampes ballon fluo par des lampes led ; plus de 200 lampadaires pour 149 000,00 euros financés à hauteur de 60% par le Département avec en prime moins de pollution lumineuse, plus de luminosité au sol et une économie substantielle de la consommation.

Eclairage ou pas, à la belle saison, chaque famille quitte le village et va s’installer dans les hameaux qui forment ces quartiers. On y vit simplement ; il y a la maison et à côté la grange, quelquefois tout est regroupé : l’étable en dessous, l’habitation au milieu, et le grenier à foin au dessus. Les enfants partent à l’école le matin, à pied avec la gamelle et rentrent le soir mais dès les premiers froids annonçant l’hiver on redescend au village.

Quel que soit le lieu et quel que soit la saison on oublie pas la mangiuque : on nait gruppias, on reste gruppias : spécialités les capounès avec une sauce à l’ail car on n’a pas de tomate mais on y ajoute quelquefois du jarret que l’on a gardé du cochon que l’on vient de tuer et il y a aussi les lentilles au petit salé, lentilles de Beuil bien sûr et puis on plante les patates, aliment de base de notre alimentation. Et tout cela se complète assez bien aujourd’hui avec une daube de sanglier, de cerf ou une truite du Cians. Certains sont chasseurs et d’autres pêcheurs, quelquefois les deux. Mais on est aussi musicien et on anime au sein du comité des fêtes les divers moments festifs de la commune.

Elle était belle La Lyre beuilloise avec Emile, Baptiste, Albert dit Bouc, André… lorsqu’elle animait les fêtes de la St jean, de Ste Anne, les foires. Il y avait toujours une occasion de s’amuser, simplement et cela continue car à Beuil comme dans les autres villages, il y a toujours des enfants pour participer et être du comité des fêtes et le nôtre, aujourd’hui, présidé par Margaux après l’avoir été par Sébastien et avant lui Jean-Michel est à la hauteur des comités passés.

Il y avait même ; à cette époque, des séances de cinéma dans la chapelle des pénitents.

Aujourd’hui, c’est ici, sur cette place où nous nous trouvons que nous vous offrons du cinéma en plein air lorsque le temps le permet, c’est ici que nous entendons Cyrano pleurer l’amour impossible qu’il a pour Roxanne, c’est ici que nous venons écouter les estivales offertes par le Conseil départemental et où nous admirons diverses expositions….

 

Voilà en quelques lignes la réponse à la question que je me suis souvent posée :  l’héritage que nous laissent en partant nos ainés, cet héritage qui est un tout, qui est l’histoire de notre village et qui nous oblige.

Une petite histoire au regard de l’HISTOIRE, celle qui s’écrit avec un grand H mais une histoire tellement importante pour nous.

Etre de Beuil c’est être de France, cette France des territoires, cette France où il fait bon vivre, cette France des valeurs simples, du bon sens, loin du tumulte de la ville.

Etre de Beuil c’est partager une histoire qui se transmet de génération en génération sans jamais que le fil ne se casse.

Etre de Beuil c’est dire à nos enfants que la vie est belle même si quelquefois elle nous réserve des moments difficiles.

Etre de Beuil c’est tout cela et bien plus encore.

Stéphane SIMONINI, Maire de Beuil,
extrait du discours de la fête patronale de la Ste Anne 2018